Cellules CAR-T : 25 ans de recherche et une bascule dans la prise en charge des cancers du sang.

Les thérapies CAR-T ne ciblent pas la tumeur. Elles ciblent le système immunitaire du patient, pour l'armer contre le cancer. Le principe : prélever des lymphocytes T, les modifier génétiquement en laboratoire pour qu'ils reconnaissent les cellules cancéreuses, puis les réinjecter. Un quart de siècle de recherche sépare les premières tentatives des rémissions prolongées d'aujourd'hui.

Doter les lymphocytes de capacités de détection
Les lymphocytes T savent neutraliser bactéries et virus, et détecter des cellules dysfonctionnelles. Mais les cellules cancéreuses possèdent un système qui les rend invisibles au système immunitaire. À partir des années 1980, des chercheurs construisent des structures moléculaires dites chimères, associant un fragment d'anticorps au récepteur des lymphocytes T. Une tête, à l'extérieur, reconnaît un antigène tumoral. Une queue, à l'intérieur, active les capacités destructrices du lymphocyte.

Le tournant des facteurs de co-stimulation
Les premiers essais chez la souris sont concluants, les essais chez l'humain déçoivent : les cellules disparaissent quelques semaines après l'injection. La situation bascule avec les travaux de Zelig Eshhar à l'Institut Weizmann, de Michel Sadelain au Memorial Sloan Kettering, qui ajoute CD28 en 2002, puis de Dario Campana à l'hôpital St Jude, qui met au point 4-1BB en 2004. Ces récepteurs de deuxième génération donnent aux cellules CAR-T les signaux nécessaires pour survivre, se multiplier et persister plusieurs mois, voire plusieurs années.

Des résultats cliniques établis dans les cancers du sang
Les premiers essais chez l'humain démarrent en 2010. Depuis, l'approche a radicalement transformé la prise en charge de plusieurs cancers du sang : leucémies aiguës lymphoblastiques, lymphomes B, myélome multiple. Les réponses sont impressionnantes, y compris chez des patients déjà lourdement traités, avec des rémissions prolongées.

Deux limites documentées
Le coût reste très élevé, autour de 300 000 euros en Europe et 450 000 dollars aux États-Unis, en raison d'une fabrication individualisée, prélèvement, modification génétique par vecteur viral, culture, chimiothérapie de conditionnement puis réinjection. Certaines effets indésirables peuvent être graves, comme le syndrome de relargage de cytokines, une inflammation systémique que les équipes médicales savent désormais anticiper et prendre en charge.

Le prochain chantier : les tumeurs solides
Trois obstacles s'y ajoutent : des cibles non uniformes à la surface des cellules, des défenses tumorales qui freinent l'activité immunitaire et des antigènes aussi présents sur des tissus sains, source de toxicité. Les pistes explorées : injections locales ou répétées, ciblage de plusieurs antigènes, associations avec d'autres immunothérapies. Des résultats encourageants sont publiés, des CAR-T bivalentes sur le glioblastome dans le New England Journal of Medicine en 2024, des effets positifs sur certains cancers de l'estomac dans The Lancet en 2025. Ils restent à confirmer en efficacité durable et reproductible. Sources : Futura Sciences, Memorial Sloan Kettering Cancer Center, NEJM, The Lancet.

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