Des cellules « hubs » coordonneraient la croissance des tumeurs pancréatiques dès les premiers stades.

Le cancer du pancréas avance souvent en silence. Perte de poids, douleurs abdominales, jaunisse ou perte d'appétit apparaissent tardivement, fréquemment au moment où la maladie s'est déjà propagée. Aujourd'hui, environ 12 % des personnes diagnostiquées sont en vie cinq ans plus tard. C'est dans ce contexte que des chercheurs du Sloan Kettering Institute de New York et de l'IRB Barcelone ont étudié les tout premiers stades de la maladie. Leurs travaux sont publiés dans la revue Science.

KRAS seul ne raconte pas toute l'histoire
La plupart des cancers naissent de mutations dans l'ADN. Dans le cancer du pancréas, la plus fréquente touche le gène KRAS. En temps normal, ce gène aide à contrôler la croissance cellulaire. Une fois endommagé, il envoie sans relâche des signaux de division aux cellules, y compris quand elles devraient s'arrêter. On retrouve cette même mutation dans d'autres cancers, dont ceux du poumon et du côlon.

Les chercheurs ont montré qu'une KRAS défaillante n'explique pas à elle seule la rapidité d'évolution de la maladie. L'inflammation entre en jeu. C'est la réponse naturelle du corps face à une agression. Utile sur le moment, elle devient problématique quand elle s'installe ou se répète.

Un ou deux jours d'inflammation suffisent
L'étude montre qu'une inflammation même brève modifie le comportement des cellules du pancréas. Elles communiquent plus activement entre elles, changent de forme et gagnent en mobilité. Ces changements facilitent la survie et la multiplication des cellules anormales, puis leur dissémination.

Une méthode d'analyse fine
Les chercheurs ont travaillé sur l'adénocarcinome canalaire pancréatique, la forme la plus fréquente et la plus agressive, à l'aide de souris qui développent spontanément cette maladie. Ils ont ainsi observé chaque étape, du tissu sain à la tumeur avancée. Grâce à l'analyse à cellule unique, qui examine chaque cellule individuellement plutôt que des millions de cellules mélangées, ils ont identifié un groupe particulier : les cellules « hubs ». Riches en gènes de communication, elles envoient des signaux aux cellules cancéreuses voisines, aux cellules saines et aux cellules immunitaires. Ce réseau favoriserait une croissance tumorale plus rapide.

Des étapes prévisibles, donc des fenêtres d'action
Autre enseignement : ces transformations ne surviennent pas au hasard. Les cellules suivent une série d'étapes prévisibles pour devenir cancéreuses. Les auteurs parlent aussi de plasticité cellulaire, cette capacité des cellules à changer d'identité et de comportement selon leur environnement. L'inflammation accélère ces bascules.

Les limites actuelles
Ces résultats ont été obtenus chez la souris et par analyse de cellules. Aucun essai chez des patients n'en découle pour l'instant, et aucun traitement n'est disponible à ce stade.

Les pistes identifiées sont néanmoins concrètes : des médicaments capables de réduire l'inflammation nuisible, de bloquer les signaux émis par les cellules hubs ou d'interrompre les premiers changements liés à KRAS pourraient, à terme, ralentir la maladie avant qu'elle ne devienne agressive. L'objectif à plus long terme reste la détection précoce, avant la propagation. Sources : publication dans Science, Sloan Kettering Institute, IRB Barcelone.

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