
Cancer du pancréas : près de 16 000 cas par an en France et un signal génétique à explorer pour le dépister plus tôt.
Près de 16 000 nouveaux cas par an : c'est l'estimation de Santé publique France et de l'Institut national du cancer pour le cancer du pancréas. Son incidence augmente depuis plusieurs décennies et, faute de symptômes précoces, la maladie est souvent découverte à un stade avancé. Pour l'adénocarcinome canalaire pancréatique, la forme la plus fréquente, le pronostic à cinq ans reste inférieur à 10 %.
C'est contre ce silence biologique qu'une équipe de l'université de Californie à San Diego a travaillé. Ses résultats sont parus dans la revue Cell Reports en août 2025.
Une signature qui s'allume avant la tumeur
Les chercheurs ont identifié une signature génétique qu'ils ont baptisée STRESS. Elle regroupe 18 gènes, dont un noyau de 10 gènes particulièrement actifs appelé STRESS-Up. Contrairement à une douleur ou à une perte de poids, ce signal est invisible. Il se lit directement dans les cellules du pancréas, en laboratoire, dès les premières modifications cellulaires susceptibles de conduire à un cancer. Il reste ensuite détectable quand la maladie progresse ou devient résistante aux traitements.
Inflammation et manque d'oxygène comme déclencheurs
Le mécanisme précis a été décrit. Quand les cellules subissent un stress important, notamment une inflammation chronique ou un manque d'oxygène, appelé hypoxie, une protéine nommée STAT3 entre en action. Elle active plusieurs gènes, dont ITGB3, qui favorisent la survie des cellules anormales, leur multiplication et leur transformation progressive en cellules cancéreuses. Chez la souris, bloquer cette voie biologique a retardé l'apparition des tumeurs.
Ce que ces résultats ne permettent pas encore d'affirmer
La signature STRESS-Up n'est pas un test de dépistage utilisable en consultation. Elle est aujourd'hui mesurée uniquement dans des échantillons de tissus, pour mieux comprendre les mécanismes de la maladie. Les travaux menés sur cellules et souris restent précliniques. Aucun dépistage de routine du cancer du pancréas n'existe, même si d'autres équipes explorent des tests sanguins.
Les suites envisagées
À terme, les chercheurs espèrent que ce profil génétique permettra d'identifier les personnes à risque de développer une forme agressive, et de sélectionner les patients susceptibles de bénéficier de traitements ciblant STAT3. Plusieurs inhibiteurs de cette protéine sont déjà en cours d'évaluation dans des essais cliniques. Autre observation des auteurs : la chimiothérapie pourrait paradoxalement activer cette voie biologique, ce qui contribuerait à la résistance de certaines tumeurs. Une piste à confirmer. En cas d'antécédents familiaux, de pancréatite chronique ou de symptômes inhabituels, une consultation rapide reste indispensable. Sources : Doctissimo, Cell Reports, UC San Diego.
Sources :
National Library of Medicine :
👉 A STAT3/integrin axis accelerates pancreatic cancer initiation and progression
AARC – American Association for Cancer Research :
Inca Institut National du Cancer :
