Plus de 164 000 adultes analysés : la piste du vieillissement pour expliquer la hausse des cancers avant 55 ans.

Le cancer est souvent considéré comme une maladie du vieillissement. Les personnes âgées ont eu plus de temps d'accumuler des dommages cellulaires susceptibles de déclencher des tumeurs. Or, les taux de cancer augmentent chez les adultes jeunes, chaque génération étant plus exposée que la précédente. Une étude publiée le 22 juin dans Nature Medicine apporte un élément d'explication : les générations récentes vieillissent biologiquement plus vite.

Âge biologique contre âge réel
L'âge biologique désigne l'âge que paraît avoir le corps, mesuré par des marqueurs sanguins et métaboliques. L'âge réel compte les années vécues. L'équipe de Yin Cao, épidémiologiste moléculaire à la Washington University School of Medicine à Saint-Louis, a montré que plus l'écart entre les deux est grand, plus le risque de cancer est élevé. Les cohortes de naissance récentes présentent des écarts plus importants que les cohortes plus anciennes.

Une étude de grande ampleur
Les chercheurs ont analysé les données de plus de 154 000 adultes du UK Biobank au Royaume-Uni et de plus de 10 000 participants américains du programme All of Us des National Institutes of Health. Pour estimer le vieillissement, ils ont utilisé des mesures cliniques éprouvées, comme le PhenoAge, basé sur neuf marqueurs sanguins, et des données protéomiques pour évaluer le vieillissement organe par organe.

Les associations observées
Au Royaume-Uni, les personnes nées entre 1965 et 1974 présentaient un vieillissement systémique légèrement plus avancé que celles nées entre 1950 et 1954, à âge réel égal. L'écart était nettement plus marqué aux États-Unis entre la génération née entre 1990 et 1999 et celle née entre 1965 et 1969. Concrètement, ce vieillissement avancé était associé à 8 % de risque accru de cancers solides précoces, surtout du poumon, du système digestif et de l'utérus. Le tiers des participants au vieillissement le plus avancé présentait 15 % de risque en plus par rapport au tiers le moins avancé. Ce lien persistait après prise en compte des risques génétiques hérités.

L'analyse organe par organe révèle des associations plus fines : un système immunitaire plus « vieux » que l'âge réel était associé au cancer du poumon précoce, un tissu adipeux plus « vieux » au cancer colorectal précoce.

Ce que ces résultats ne permettent pas d'affirmer
Il s'agit d'une étude observationnelle. Elle établit des associations, pas des relations de cause à effet. Les causes de ce vieillissement accéléré, facteurs environnementaux, modes de vie, changements sociétaux, restent sous investigation dans le monde entier, notamment au sein de Team PROSPECT, soutenue par Cancer Grand Challenges.

Les perspectives
Pour Yin Cao, l'objectif est d'identifier tôt les personnes les plus à risque alors qu'elles sont encore en bonne santé, afin de concentrer sur elles les stratégies de prévention et de détection précoce. Ces mesures de vieillissement accéléré pourraient guider, à terme, une prévention personnalisée. Sources : Nature Medicine, Washington University School of Medicine, Cancer Grand Challenges.

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